Les moments forts de l'histoire de Castetner
LIEU
Voici la chronologie des moments forts de l'histoire de Castetner et du Vic du Larbaigt, telle qu'elle ressort des recherches de Jean Monbeig. Elle illustre le passage d'une cité antique stratégique à un centre administratif et religieux majeur du Béarn.
- Antiquité (Époque Gallo-Romaine)
Occupation du site du Castellum (Castetner-Bielh). Mise en place du système héliocentrique des trois châteaux (Castrum Nigrum, Castrum Album, Castrum Tutinum) et construction de la route pavée retrouvée à 1,50 m de profondeur.
- Donation au Monastère de Sorde Xe - XIe siècles
Les terres de Castetner, Biron et Brassalay sont données à l'abbaye de Sorde par les familles de Gramont et le duc de Gascogne Guillaume Sanche, marquant le début des tensions sur les dîmes.
- Mission Diplomatique au Vatican début XIVe siècle
Raymond de Béarn, archidiacre du Larbaigt, est envoyé auprès du Pape Clément V avec un calice protecteur en peau de serpent. Castetner est alors un centre religieux reconnu par Rome.
- Dénombrement de Gaston Fébus 1385
Recensement général du Béarn. Castetner apparaît comme le cœur du Vic du Larbaigt, comptabilisant les feux et les droits seigneuriaux du parsan.
- Réforme et Guerres de Religion XVIe siècle
Sous Jeanne d'Albret, l'église de la Madeleine est transformée en Temple. Les jurats y prêtent serment au « dieu vivant ». Les grandes familles comme les Brassalay affirment leur puissance protestante.
- Rétablissement du Culte Catholique 1620
Le chanoine Jean de Bordenave et le curé Arnaud de Catriulet orchestrent la Contre-Réforme. Les biens ecclésiastiques sont restitués et Castetner redevient un pôle catholique majeur.
- Le Notariat et l'Instruction XVIIe - XVIIIe siècles
Apogée administrative : présence d'un regen (instituteur) dès le XVIIe siècle. En 1732, les délibérations fixent la hiérarchie des Jurats Gentils. Isaac d’Ybarcq postule pour devenir archiviste du Parlement de Navarre.
Ce qu'il faut retenir de cette évolution
Cette chronologie montre que Castetner a toujours fonctionné comme un point de convergence. Que ce soit pour la surveillance militaire antique, la justice médiévale du lundi, ou la gestion notariale moderne, le village a maintenu son statut de « tête » (Capdùlh) du Vic pendant près de deux millénaires.
L'histoire de Castetner n'est pas une simple ligne droite, mais une succession de « couches » (archéologique, religieuse, judiciaire) qui font de ce site un cas particulier en Béarn.
Le Vic du Larbaigt
Larbaigt vient du latin Laris Vallis : « la vallée du sanctuaire ».
Les dieux lares, en plus d’être les dieux du foyer étaient aussi des divinités agricoles que l’on honorait dans des petits sanctuaires situés sur les limites.
Ici, il est plus probable que la vallée de Larbaig tire son nom du Laà, qui l'arrose. Elle comprend Aragnon (hameau de Sainte-Suzanne), Biron, Castetner, Départ (village d'Orthez), Laà-Mondrans, Lanneplaà, Loubieng, les Marmous (village d'Orthez), Maslacq, Montestrucq, Ozenx, Sainte-Suzanne et Sauvelade.
Castetner s’étendait jadis bien au-delà de ses limites actuelles puisque la juridiction de ses jurats s’appliquait aussi aux habitants du quartier des Brossers de Sainte-Suzanne aux Agoès, aux habitants de Guichebarou d’Ozenx, de Larrossière de Lanneplaà ainsi qu’aux habitants de La Lande de Magret. Cette juridiction était un vestige du vieux Vic du Larbaigt.
Le vic du Larbaigt se trouvait placé à la frontière entre le pays des Tarbelles et celui des Benearni.
Le mot vic vient du latin vicus, qui correspond à des constructions agglomérées. Alors, les habitants du vic étaient ce qu'on appelait les vicinis, c'est-à-dire les bésis (les voisins), et cela a donné naissance ensuite au besiau béarnais, qui était aussi une assemblée de voisins. On nous parle ainsi, dans le rôle de l'armée de Gaston Phoebus, du besiau de Castetner et de Biron. Le mot vic ensuite a pris de l'extension et il finit par s'appliquer à un quartier de ville, à une rue, à un carrefour, comme les vics de Lagor par exemple, ou ceux de Lescar.
Le vic de Larbaigt apparaît pour la première fois dans un acte du cartulaire de l’abbaye de Sorde datant du Xème siècle: le duc de Gascogne, Guillaume Sanche et sa femme, Urraca (Urraca était la fille du roi de Navarre, Garces Sanche (865-925)) font don à l’abbaye de Sorde, de l'église de Sainte Suzanne de Larbaigt, et toute la terre qui touche à celle-ci, dans la villa elle-même, le tiers de la dîme de Sainte Étienne de Laà, et le tiers de la dîme de Lanneplaà. Le vic de Larbaigt dont le centre était Castetner devait à l’époque comprendre Sainte-Suzanne. La juridiction des jurats de Castetner conservera le souvenir de l'extension du Vic jusqu'à Sainte-Suzanne, puisqu'elle s'exerçait encore au XVIIIe siècle sur les Brossers de Sainte-Suzanne, sur Guichebarou d'Ozenx, sur une partie de Lanneplaà.
ll est à noter qu’une partie des habitants de Castetner resteront tributaires de l’abbaye de Sorde, comme l’étaient aussi Biron et Brassalay qui avaient été donnés par Bernard de Gramont à l’abbaye Saint-Jean de Sorde.
Le vic du Larbaigt primitif était beaucoup plus réduit qu'il ne sera par la suite. Si on se fie au premier acte du Cartulaire de Sorde, il s'étendait de Sainte-Suzanne à Castetner
Les limites du Vic de Larbaig :
- Au nord, nous avions Départ c'était le quartier de la rive gauche du gave et tête de pont qui sera rattaché ensuite, à Orthez.
- Marmonts, qui aussi sera ensuite rattaché à Orthez, c'était le quartier rural d'Orthez et autrefois, la paroisse principale.
- Biron, Brassalay, le Biron de Brassalay et le Birou de Brassalay, plus exactement. Le mot birou signifie les environs.
- Sarpourenx, Maslacq jusqu'à Muret. Et puis, en 1732, on y trouve quand même Lagor.
- Quittant la vallée du Geü, la limite du Vic suit la ligne de partage des eaux avec la vallée du Laà, sur les hauteurs qui sont appelées los ahitaus, les hameaux.
- A l'Est, on avait Sauvelade, puis le lieu où se lèvera Vielleségure, la Bastide de Vielleségure. qui sera unie au Vic.
- Au midi et le long de la ligne des côteaux séparatifs du Saleys, le sud de Loubieng, le haut Ozenx, Montestrucq, l'hôpital d'Orion et sa commanderie, sur la rive droite du Saleys. Le village de l'hôpital d'Orion changera de rive.
- A l'ouest, Lanneplaà, Sainte-Suzanne, et Baure, son point extrême.
- Au centre, à 216 mètres, il y a Castetner, le capdùlh du Larbaig, le chef-lieu du Larbaig, où le notaire du Vic avait son titre d'office
Ensuite il sera plus étendu et comprendra en 1732, 17 paroisses.
La déclaration des droits et privilèges des habitants de Castaner de 1732 définit ainsi le Vic du Larbaig : le chef-lieu était Castetner et comprenait les paroisses de Lendresse, Maslacq, Sarpourenx, Biron, Départ, Sainte-Suzanne, Lanneplaà, les sept bordes de l'hôpital d'Orion, Montestrucq, Ozenx, les Agoès, Laà et Mondrans, Loubieng, Sauvelade, Vielleségure et Lagor
Ensuite, au XVIIe siècle, la position de Castetner s'améliore, et d'autres notaires apparaissent.
Le Larbaigt et Castetner
Le Larbaig était en 1385 le siège d'un bailliage qui avait Castetner pour chef-lieu, et siège du notaire. La commune comptait alors 33 feux fiscaux (équivalent de famille qui servait pour le calcul de l’impôt).
Le censier de 1385 avait recensé les maisons habitées ou inhabitées et le montant global des sommes récoltées pour le fouage.
Le Larbaigt était aussi, en plus de la dénomination de vic, le nom d'un « parsan », division financière, militaire et judiciaire de l'ancien Béarn.
Voici la liste des communautés qui composaient le vic du Larbaigt :
Les assemblées du parsan du Larbaigt
« Lorsqu'il est nécessaire de faire des assemblées des dits jurats gentils ou des jurats roturiers des autres paroisses dépendantes du chef-lieu de Larbaig, ces assemblées ne pouvaient être convoquées que par le béguer du parsan (ou parsaà) mais celui-ci ne pouvait le faire qu’avec l’accord des jurats de Castetner. »
Les assemblées du parsan du Larbaigt eurent lieu au temple de Castetner pendant l'ère protestante et sans doute aussi au « parquet judicial » ou à l'église. On a conservé le compte-rendu d'assemblées tenues au temple portant notamment sur l'étalonnage des mesures. Les droits des jurats de Castetner étaient très importants. Ils étaient d'ailleurs les seuls représentants de leur communauté puisque Castetner, à part le prébendier du « castèth » ou « castera » n'avait pas de seigneur. Louis XIV devait ensuite leur en imposer un qui fut d'abord Monsieur de Saint-Macary puis le baron d'Abbadie d'Arboucave. Auparavant la communauté dépendait directement du « seigneur souverain de Béarn ». Les jurats de Castetner siégeaient notamment au parlement de Navarre dans les rangs du Tiers État.
Les réunions des jurats du Larbaig avaient lieu au capdùlh donc à Castetner. A l'époque protestante, elles se déroulaient le dimanche dans le temple., le temple qui n'était autre que l'ancienne église de la Madeleine. On ne sait pas très bien où elles se déroulaient pendant les autres périodes.
La Déclaration de 1732 donne la liste suivante des jurats gentils, c'est-à-dire des jurats nobles, dans chacune des paroisses, où existaient des jurats gentils :
- le Sieur d’Abadie de Maslacq, la famille d’Abadie d'Arboucave, l'un des membres de cette famille sera évêque de Dax, où il jouera un rôle important.
- de Brassalay, aussi une des grandes familles du Larbaigt, qui occupera une place importante jusqu'à la révocation de l'Eglise de Nantes. C'était une grande famille protestante. M. de Brassalay sera le représentant des protestants d'Orthez à la cour. Il se fera d'ailleurs arrêter.
- ensuite, pour Biron, on peut y ajouter, mais il ne figurait pas dans la liste de 1732, le seigneur de Maupoey, que l'on trouve dans les quelques réunions que l'on connaît des archives du Larbaigt.
- les seigneurs de Sainte-Marie, de Claverie, de La Salle, pour Loubieng,
- de Betbeder, de Bonnecase, pour Sainte-Suzanne,
- de Castelnau, de Laà, de Pinsun, de Tétignax, pour Maslacq. Le seigneur de Tétignax était le seigneur prébendier, de Castetner. C'était lui qui était titulaire de la prébende de Castetner. D'ailleurs, il existait au XIVe siècle un seigneur de Tétignax et du castera de Castetner. Est-ce que la famille était passée ensuite à Maslacq ?
- le seigneur de Lendresse et l'abbé de Lendresse,
- les seigneurs de Moulia et de Malardenx, de Sarpourenx,
- seigneur de Laà, de Pinsu, de Bibaron, de Laà.
- le seigneur du lieu de Départ,
- l'abbé de Lanneplaà,
- le seigneur d'Ozenx,
- le seigneur de Mondrans
- le seigneur de Saubejunte de Montestruc.
Il n’y avait pas de terre noble à Castetner (Castetner n’avait donc pas de jurat gentil) sauf une terre de Malardenx de Sarpourenx.
La prébende du castera de Castetner qui était d'abord au Tétignax passera ensuite au Marimbordes puis au Pinsu, notamment à Charles de Pinsu, le curé de Loubieng puis des Pinsu aux Lossat.
Selon les délibérations conservées des jurats du Larbaigt, voici comment se déroulaient les choses au Capdùlh :
Le 19 novembre 1600, au lieu de Castetner et dans le temple de celui-ci assemblés sous la houlette d'Arnaut de Laroque, béguer du Larbaigt, le Vic de celui-ci, sont comparus :
noble Forticq, Seigneur de Brassaly, noble Joan de Laurets, Seigneur de Molia, Dominique de Marmons, abbé de Marmons et de Départ, Joan de Bonnecaze, Seigneur des Mondrans, Joan de La Boustugue, domengè (écuyer) de Pinsu, et Juan de Sente Marie domingè. (ce sont les jurats déjà investis)
Par devant eux, se présentent (ce sont les nouveaux jurats gentis) :
noble Jean de ??? , seigneur de Baure, François de Cassaromet, abbé d’Ozenx et garde de Lanneplaà, Pierre de Laà, doumengé de Maslacq
qui doivent être reçus selon la coutume de tout temps observée, en un jurant « sus goufi » ( le goufi, apparemment était une pierre sur laquelle ils juraient, mais on ne sait pas quelle était cette pierre à moins que ce soit un couffin), et ils juraient au Diou biban (au dieu vivant, puisque nous étions à l'époque protestante).
Comparaissent devant les dits jurats du vic soussignés :
Joan de Hou, Joan de Laffite, jurats de Castetner capdùlh, Matheu de Poyartin, jurat d’Ozenx, Pierre de Bonnecase, jurat de Sainte-Suzanne, Arnaud de Sedies, jurat de Lanneplaà, Joan de Lassalle, jurat de Maslacq. Joan de Lalanne, jurat de Vielleségure, Peyrot deu Gentiù, jurat de Laà, Gassiot deu Moliè, jurat de Sauvelade, Joan de Labaig, jurat de Départ, Jacques de Tredgeu jurat de Sarpourenx, Miquel de Capdevielle, jurat de Biron, assemblés au commandement du dit béguer (ce sont les 12 jurats du vic du Larbaigt et on notera que les jurats de Castetner sont toujours nommés en premier).
Assemblés au nom du dit béguer.
Le 4 mars 1601, c'est une réunion moins solennelle et la liste des jurats gentils a sensiblement changé :
Le 4 mars 1601, sous le commandement du béguer et au lieu de Castetner, dans le temple, furent assemblés François de Cassaromet noble et garde de Lanneplaà, Martin de Martoux, capera du Seigneur de Lasalle, Monsieur de Pinsu, seigneur de Tétignax, Monsieur de Maupouey, seigneur de Biron, Monsieur de Bonnecase, seigneur de Mondrans, Arnaud de Pinsu de Laà, Pierre de Bibarou de Laà et Joan de Sainte-Marie.
Les jurats gentils, ils étaient nommés ainsi parce qu'ils avaient une terre noble. Parfois c'était par la naissance, mais d'autres fois c'était uniquement par achat d'une terre noble. C'était la terre qui donnait en Béarn le droit à la noblesse.
De tout temps la terre a été l'objet des convoitises et le principal enjeu des guerres et invasions. Les chefs guerriers vainqueurs accaparent des territoires sur lesquels ils établissent leur dynastie. Pour fidéliser leurs plus valeureux lieutenants, ils leur concèdent la jouissance de quelques parcelles sur les territoires conquis. Cette sorte d'apanage est à l'origine des biens nobles. A l'image de leurs propres suzerains, les vicomtes de Béarn distribuent à leurs vaillants chevaliers (cavers) des terres qu'ils exemptent de la taille, créant des seigneuries vassales. Ces "domaines" plus ou moins importants et exempts de taille seront réputés nobles et le resteront. Presque tous ces biens changeront de mains au cours des siècles, anoblissant leur nouveau propriétaire à chaque transfert de propriété
La Cour du Larbaigt
Castetner étant le Capdùlh (chef-lieu), les jurats y tenaient une cour de justice tous les lundis.
- Rôle de juges : Ils rendaient la justice sur les délits du quotidien. Le texte mentionne des vols (chaudière, vin), des disputes (des « riotes ») et des blasphèmes, des conflits de pâturages, fraudes sur les poids et mesures, ….
- Les « curiàus » : lorsqu'ils siégeaient pour valider des actes, ils prenaient le titre de curiàus (membres de la cour). Ils avaient le pouvoir de décider de l'enregistrement des contrats par le notaire.
- Indépendance : Bien que le bàyle (officier seigneurial) puisse les interpeller pour des affaires graves, les jurats _ et particulièrement le béguer qui en était l'émanation _ représentaient une forme d'autonomie locale face à l'autorité centrale.
- Un rôle de « Notaires Publics »
Une spécificité de Castetner résidait dans l'imbrication du droit et du voisinage.
- Validation des actes : Les jurats étaient interpellés pour valider les actes notariés. Pour qu'un contrat soit "insinué" (enregistré officiellement), il devait être présenté devant les jurats en séance ordinaire.
- Témoins officiels : Ils servaient de caution morale et légale pour la communauté, garantissant la validité des transactions immobilières ou des testaments.
L'administration du territoire
Les jurats de Castetner avaient une autorité qui s'étendait sur le vic du Larbaigt donc bien au-delà des limites actuelles du village.
Les droits des jurats de Castetner étaient donc très importants.
Ils étaient d'ailleurs les seuls représentants de leur communauté puisque Castetner, à part le prébendier du « castèth » ou « castera », n'avait pas de seigneur.
Louis XIV devait ensuite leur en imposer un qui fut d'abord Monsieur de Saint-Macary puis le baron d'Abbadie d'Arboucave. Auparavant la communauté dépendait directement du « seigneur souverain de Béarn ». Les jurats de Castetner siégeaient notamment au parlement de Navarre dans les rangs du Tiers État.
On a conservé des jugements de la cour de Larbaigt qui se réunissait tous les lundi au parquet judicial près du cimetière de l'ancienne église de Castetner.
Au XVIIIe siècle, ces cours de justice ne se rassemblaient plus, mais il y a une exception, c'est la cour du Larbaigt qui se réunissait encore tous les lundis. Cependant, elle connaissait quelques problèmes. Les affaires étaient souvent renvoyées parce que des juges étaient absents. On voit par exemple une affaire renvoyée une vingtaine de fois.
Cette cour jugeait des divers événements de la vie quotidienne, comme les vols. Par exemple, un vol de chaudière, celui d'une jatte de vin chez l'aubergiste de Loubieng…
Elle pouvait être aussi interpellée par le titulaire de la charge de bàyle pour des affaires de blasphème, du saint nom de Dieu, de riot, c'est-à-dire de dispute, de querelle.
Un exemple d’arrêt de la cour du Larbaigt, assez amusant :
Le 13 juin 1718, au présent lieu de Castetner, par devant le Sieur Jean de Barrué, jurat du dit-lieu s'est présenté. Pierre de B…., dit L. forgeron d'Ozenx, pour prêter son audition à l'exécution de la sentence rendue par les dits jurats en cours du dit lieu de Castetner, sur la plainte du fermier de la baillie du dit lieu de Castetner, pour raison de bruit, riote, blessure de sang et blasphème du Saint Nom de Dieu, entre le dit de B. et le nommé C. de B.de Lanneplaà. Le 23 avril dernier, dans la maison appelée L. des Brossers, (le quartier des Brossers était sous la juridiction de Castetner) quartier de Sainte-Suzanne. La sentence datait du 30 mai dernier, à quoi le dit B, désirant satisfaire. Le même de B, précédent serment par lui à Dieu prêté, entre les mains du sieur de Barrué, a dit être âgé de 38 ans environ. Et sur le sujet du dit bruit et riote dit qu'il était dans la maison du sieur de L.,il croit que c'était le 27 avril dernier, en compagnie de G. d’Ozenx et L. cabaretier, pour y boire quelques tasses de vin, où arriva le dit de C., et étant entré, le dit de B. lui dit qu'il était bien surpris qu'il lui eût fait un procès devant les jurats, puisqu'il ne lui devait rien. Le dit de C. se serait mis tout d'abord en colère contre le dit de B., et en blasphémant le Saint Nom de Dieu, l'aurait traité de fricon, affronteur et scélérat et qu'il le lui paierait, à quoi le dit de B. ne répartit pas la moindre parole, voyant le dit de C. si furieux, mais pria les témoins présents de s'en souvenir, pour en avoir une juste réparation, et sans l'assignation qui lui a été baillée, pour raison du dit bruit et riote, il en aurait fait informer criminellement, ce qui l'oblige de se rendre « partie justiquante dans la dite justence », et d'en conclure comme il fait sa réparation civile, et aux amendes suivant l'exigence du cas.
Le dit de B. a déclaré ne s'avoir signé.
Signé : de Barrué Jurat.
Ceci donne une illustration de la façon dont fonctionnait le Capdùlh et les jurats de Castetner.
Ils occupaient une place importante, la cour était toujours présidée par un ou deux jurats de Castetner.
C'était des fonctions officielles, hautement honorifiques. Les jurats prenaient à ce moment-là le nom de curiàus, membres de la cour. Il en était de même lorsqu'ils retenaient les actes des notaires.
Par exemple :
Le 10 juin de décembre, année susdite, au lieu judiciaire de Castetner ont tenu leur ordinaire les seigneurs de Bellecave, de Cohapé, de Guilhem Bernat sous le commandement de Théophile de Bordenave, bàyle, par devant lesquels l'acheteur a requis l'insinuation du présent contrat. Et donc la cour a décidé qu'il serait enregistré par le notaire.
Castetner bourg central
Castetner était le bourg du Vic, et à ce titre avait un fonctionnement digne d'une cité bourgeoise. Castetner était divisé en trois quartiers : le quartier d'en haut, le quartier de l'enceinte, le quartier d'en bas. Chacun de ces quartiers, selon une organisation très mathématique, élisait, à bras levés, quatre eschemis, des échevins.
Alors parmi ces échevins, il y avait une hiérarchie, les notables, les conseillers, les jurats. Le premier, le deuxième conseiller.
Les habitants de Castetner avaient le droit d'élire des jurats. Pour cela, ils se réunissaient au parquet judicial. Le parquet judicial, était à côté de l'église. A partir de 1783, c’était l’actuel bâtiment accolé à l’église, appelé l’escoulot (la petite école), qui servait également d’école. Ils élisaient quatre jurats pour quatre ans. Les jurats étaient nommés à la pluralité des suffrages et à haute voix. Deux tous les deux ans et donc renouvelés pour moitié tous les deux ans. Et ces jurats étaient en quelque sorte l'exécutif du Vic du Larbaigt.
Le vrai pouvoir appartenait d'abord aux jurats gentils, aux nobles, bien sûr, et ensuite aux jurats des communautés qui pouvaient s'exprimer quand même assez librement.
Les habitants de Castetner nommaient deux députés et deux gardes.
Les quatre jurats avaient de tout temps le droit d'assister chaque année à l'Assemblée du Tiers-État et des États généraux de la province de Béarn.
Ils avaient le droit de donner leur suffrage sur les propositions présentées pour être délibérés et même d'assister à l'abrégé, c'était une sorte de bureau permanent comme on dirait aujourd'hui, et aux autres commissions des États.
Lorsque le jurat de Tours avait été nommé commissaire, il avait le droit, avec les commissaires des trois ordres, d'arrêter les impositions de la province, de retenir les comptes du trésorier.
Le jurat commissaire jouissait des mêmes prérogatives que les jurats royaux. Il avait le droit d'examiner les notaires fermiers de la notairie du capdùlh, de recevoir leur serment, celui du bàyle, et en l'absence de notaire, ils avaient un droit important, ils pouvaient retenir toutes sortes de contrats ou d'actes.
Les jurats de Castetner étaient juges du civil, du criminel et de la police sur toute l'étendue de leur juridiction. Les ordonnances de police qu’ils rendaient étaient exécutoires, on pouvait en faire appel, devant la cour du Parlement de Navarre.
Les jurats de Castetner avaient des privilèges comme celui d'assister au nombre de quatre ou d'un seulement avec deux jurats nobles au « décret des biens nobles »et aux autres assemblées. Mais le jurat de Castetner n'avait qu'une voix sur trois selon la règle du tiers état.
Les assemblées des jurats gentils ou des jurats roturiers, dépendant du capdùlh du Larbaigt, ne pouvaient se faire que si elles étaient convoquées par le béguer du parsan sur ordre des jurats de Castetner.
Enfin, on le voit dans un des documents concernant les délibérations du Larbaigt, ils avaient un droit d'étalonnage des mesures et ils pouvaient obliger les jurats des autres communautés à porter ou à faire porter leur poids ou mesure au capdùlh pour les étalonner, on appelait ça hexaquois, pour les rendre conformes à celles du capdùlh qui étaient bien sûr semblables à celles de Morlaàs.
Article rédigé par Philippe Crabé à partir de recherches personnelles et de notes prises lors de la conférence de Jean Monbeigt du 19 septembre 2009 à l’occasion des journées du patrimoine organisées à Castetner par la municipalité et son maire Henri Conques avec le soutien de l’association Mémoire du canton de Lagor et des Vallées de son président Jean Ouerdane et de son trésorier Maurice Rathier (qui habitait maison Tailleure à Castetner).

